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Enseigner le Français Langue Seconde à l’ère du numérique

16 mars 2016 | By francecanadaculture French Language

L’Ambassade de France, en partenariat avec l'Association canadienne des Professeurs de Langue Seconde et l’Alliance française, est heureuse de présenter la nouvelle série Enseigner le FLS à l’ ère du numérique, qui se veut une exploration sur les nouvelles pratiques d’enseignement du français langue seconde. Avec l’avènement des technologies, les manières d’enseigner se transforment constamment. Dans les prochains numéros de Réflexions ainsi que sur Internet, des enseignants de partout au Canada partageront leur expérience du numérique dans leur salle de classe. Premier arrêt, la Nouvelle-Écosse.

Développer des connaissances numériques : un élément crucial

Stephanie Burke, enseignante à la Uniacke District School, Nouvelle-Écosse

Samuel Coeytaux (SC) : Bonjour Stephanie, pouvez- vous nous présenter votre parcours en quelques mots?

Stephanie Burke (SB) : Je suis enseignante depuis maintenant 15 ans; j’ai enseigné en immersion précoce à la maternelle, mais maintenant je m’occupe du français intensif et de base pour des élèves de 4e à 9e année. Je suis originaire de Nouvelle- Écosse, où j’ai toujours travaillé. J’ai fait toute ma formation et mes stages dans la vallée à environ 45 minutes d’Halifax, et je suis maintenant installée dans le centre de la province.

SC : Au cours de votre carrière, jimagine que vous avez vu beaucoup d’évolutions dans votre métier : enseigne-t-on toujours le français de la même façon qu’il y a quinze ans?

SB : Non, ça a beaucoup changé. Lorsque j’ai commencé, il y avait un seul ordinateur dans ma salle de classe, j’étais la plus jeune de l’équipe et souvent mes collègues enseignants n’étaient pas tout à fait à l’aise d’utiliser la technologie en classe. Maintenant en Nouvelle- Écosse, on est rendus au point où les enseignants ont changé leurs habitudes et développé de nouvelles habiletés pour utiliser le numérique en classe. Certains sont très à l’aise, d’autres moins. Cela ne dépend pas de leur âge, mais plutôt de leur accès à la technologie, s’ils ont un intérêt ou s’ils ont eu l’occasion de suivre des formations. Dans beaucoup d’écoles de mon conseil scolaire, il y a trois ou quatre ordinateurs par salle de classe et on utilise des « chariots » avec des ordinateurs portables, notebooks ou tablettes qu’on s’échange dans toutes les salles. On a aussi, dans plusieurs salles de classe, un outil qui regroupe tous les appareils technologiques et sur lequel on télécharge des applications, que l’on appelle un tech-tub. Cela permet aux élèves de choisir l’outil sur lequel ils veulent travailler, et d’être capables d’utiliser tous les types de technologie.

SC : Quel impact a le numérique sur le comportement de vos élèves?

SB : Je les trouve plus engagés et plus impliqués dans l’organisation du cours, car c’est un fonctionnement interactif qui les responsabilise. Ils sont aussi plus motivés et la technologie les aide énormément, surtout avec l’oral. Par exemple, ils peuvent enregistrer leur voix avec les différentes applications, créer des présentations et s’entendre parler, s’autocorriger, écouter leurs progrès, etc. Les parents peuvent aussi écouter ce que leurs enfants ont fait, grâce à un site Moodle collaboratif partagé par les profs, les élèves et les parents.

SC : En plus de cette plateforme Moodle et du matériel présent dans les écoles, utilisez- vous d’autres méthodes numériques pour vos cours?

SB : Oui, on utilise les Google Apps for Education, pour communiquer et collaborer entre enseignants néo-écossais. Cela nous permet d’échanger nos pratiques, nos idées, et tous les élèves ont aussi des comptes « Nova Scotia Google Education System » avec une adresse courriel et un accès à cette plateforme. En utilisant le compte de mes élèves, j’envoie des documents ou je propose des sondages. C’est intéressant notamment pour savoir ce que pensent mes élèves des cours ou des activités culturelles que nous leur proposons, comme la venue d’une troupe de théâtre acadienne récemment. Puisque c’est complètement anonyme, les élèves se sentent libres de partager et c’est très utile d’avoir ce retour lorsqu’on est professeur.

SC : Considérez-vous être en avance sur votre temps?

SB : Un peu oui, parce que la technologie fait partie de mes intérêts : j’ai complété une maîtrise en technologie pour la salle de classe, et je fais souvent les présentations des nouvelles technologies pour mes collègues, en plus de les aider lorsqu’ils me sollicitent. Ils sont demandeurs de ce type d’expertise, car ça les soulage dans leur travail et leur permet d’être prêts avant de se retrouver devant les élèves.

SC : On a beaucoup parlé des avantages de l’enseignement numérique, voyez-vous des dangers?

SB : Le danger que je vois, c’est la difficulté pour les enseignants d’incorporer toujours plus de technologie en tant qu’ « amie » dans la salle de classe. Le numérique change en permanence et on ne va pas s’en débarrasser, car les élèves y ont accès en dehors de l’école. Les enseignants auront besoin de temps et de formation continue pour être capables d’employer efficacement ces nouvelles technologies en classe. Seul ce temps supplémentaire permettra aux enseignants de développer leurs habiletés ainsi que leurs compétences pour bien maîtriser le numérique. C’est pour moi la clé de l’enseignement du 21e siècle.

La technologie, facilitatrice par excellence

Vicky Baril-Chauvette, enseignante à l’Alliance française d’Halifax

SC : Bonjour Vicky, pouvez- vous nous présenter votre parcours en quelques mots?

Vicky Baril-Chauvette (VBC) : Je suis originaire de Trois- Rivières au Québec, j’ai un baccalauréat en enseignement du français au secondaire; pendant mes études, j’ai aussi fait une immersion au Nouveau- Brunswick pour apprendre l’anglais et je suis tombée en amour avec l’enseignement des langues secondes. J’ai travaillé à l’École internationale de français de Trois-Rivières, avec des adultes et des adolescents, avant de déménager à Halifax il y a moins d’un an pour suivre mon conjoint. J’ai trouvé mon poste à l’Alliance française (AF) presque par hasard, en cherchant sur Internet, et j’ai tout de suite été séduite par leur approche : ce ne sont pas seulement des cours de français, c’est toute une culture qu’on apporte aux élèves, la culture de la francophonie. J’ai des collègues africains, français, d’un peu partout où on parle français, et c’est une expérience incroyable pour moi.

SC : En tant que jeune enseignante, j’imagine que la technologie a toujours fait partie de votre travail?

VBC : Oui, à l’université, on travaillait beaucoup avec les TIC, comme on dit au Québec, notamment les tableaux blancs interactifs, que j’étais très heureuse de retrouver à l’Alliance. Pour l’enseignement en général, c’est un outil extrêmement utile, avec lequel on peut projeter des vidéos, des images et organiser nos cours à la maison. Cela nous permet aussi d’économiser beaucoup de temps (et de papier!) et simplifie beaucoup le travail de l’enseignant. On n’a plus besoin de transporter tout notre matériel dans de gros cartables non plus, aujourd’hui tout peut se trouver sur une clé USB. Il y a aussi tout un travail d’échanges, de partage de bonnes pratiques avec les collègues, grâce aux plateformes collaboratives en ligne : on se sent partie intégrante d’une communauté, non seulement entre enseignants de l’AF, mais aussi avec tous les enseignants de langues secondes.

SC : Quel serait l’impact de ces nouvelles technologies sur vos élèves, aussi bien au niveau

de la pédagogie que de leur comportement en classe?

VBC : Mon expérience est trop limitée pour comparer avec le passé, mais j’ai l’impression que les élèves sont beaucoup moins dans le doute, ils restent moins dans l’incompréhension : par exemple, quand j’essaye d’expliquer le sens d’un mot, si l’explication en français ne suffit pas, je peux simplement montrer l’image sur Internet. Il y a un aspect visuel beaucoup plus intéressant pour eux qu’un simple tableau blanc. Aussi, grâce au numérique, nous offrons à l’Alliance des cours en ligne très différents d’avant; on peut maintenant apprendre à partir de la maison tout en gardant une interaction avec l’enseignant, que ce soit par vidéo ou par clavardage. Pour des personnes qui ont des difficultés à se déplacer, c’est idéal. À l’Alliance, on s’adapte toujours à la personne qui demande des cours, on propose des programmes personnalisés pour satisfaire les besoins spécifiques de chaque étudiant.

SC : Voyez-vous des difficultés liées à l’utilisation de ces nouvelles technologies en salle de classe?

VBC : Le point négatif, c’est quand la technologie « brise » : le prof doit toujours être capable de s’adapter, d’improviser d’autres activités. Il faut être prêt à tout avec la technologie, toujours avoir un plan B. Pour moi qui ai appris à enseigner avec la technologie, ça peut être un handicap lorsque cela ne fonctionne pas. Par rapport à l’utilisation par les élèves de leur téléphone ou autre en classe, j’ai eu des problèmes de discipline lorsque j’enseignais au secondaire, mais à l’Alliance, nous avons la chance d’avoir des groupes de dix personnes maximum, donc je n’ai jamais eu de problèmes, car ils ne peuvent pas vraiment se cacher!

SC : Parlez-nous de vos méthodes en classe, avez-vous des techniques pédagogiques que vous ne pourriez pas utiliser sans le numérique?

VBC : En fait, on utilise une méthode qui offre de nombreuses activités pour les élèves, très interactives et intéressantes. Sinon, quand on parle de culture francophone, d’un festival, d’une région de France, je vais toujours prendre un petit moment pour montrer à mes élèves sur Internet des images, des vidéos, etc. Ça nous aide à apporter le côté culturel dans la classe. De plus, comme moi et mes collègues nous déplaçons beaucoup, notamment en entreprise, je transporte tous mes cours sur une clé USB et j’apporte mon ordinateur portable en classe, ce qui facilite grandement les choses.

SC : Considérez-vous être en avance sur votre temps?

VBC : Non, je pense que je suis bien dans mon temps. Quand je regarde mes collègues enseignants, je pense que tout le monde travaille maintenant avec la technologie, on ne peut pas passer à côté. C’est l’avenir, et de toute façon, les élèves l’ont tout le temps avec eux : travailler avec la technologie, et non pas contre la technologie, ça peut seulement les aider à aimer apprendre. Et de manière générale, les enseignants que je connais arrivent bien à s’adapter, et s’ils font équipe, ils peuvent arriver à apprendre ensemble et faire face aux changements. C’est important de connaître ses forces et ses faiblesses, de se servir de ses forces et d’aller vers les autres pour limiter ses faiblesses. Au final, même si on est seul devant son écran, on est toujours connecté… C’est assez paradoxal, mais une chance de pouvoir partager ainsi.

SC : Quest-ce que l’enseignement du 21e siècle, à vos yeux?

VBC : On est arrivés à un point où il faut apprendre à apprendre : avoir des connaissances, c’est bien, donner des connaissances, c’est bien, mais l’enseignant de demain devra être capable de montrer à ses étudiants comment apprendre. Il devra donner les outils à l’étudiant pour apprendre par lui-même, ce qui est encore un meilleur cadeau que de simplement donner les règles de grammaire ou de vocabulaire. Par lui-même, l’élève devra avoir une motivation pour toujours approfondir, vouloir en savoir plus. Être enseignant c’est donner le goût et la curiosité d’apprendre, pour moi. Il faut vraiment être à l’écoute de chaque apprenant, s’adapter à chacun. C’est une vocation.

Par Samuel Coeytaux, Chargé de mission coopération éducative, Ambassade de France au Canada

Contact

Xavier Moquet
Attaché de coopération éducative
 

educatif-linguistique@ambafrance-ca.org

 

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